Nos réalisations
28/05/25
Nous avons eu l'honneur de recevoir monsieur Julien Lecomte (diplômé d'un Master et agrégé en information et communication, plus spécifiquement en sociologie des médias).
Présentation de la conférence:
« Nuance, en sommes-nous encore capables?"
Alors que le débat public semble de plus en plus binaire et manichéen, chacun doit choisir son camp, «pour» ou «contre», à la moindre polémique. Pour Julien Lecomte, la nuance ne consiste pas à dissoudre la révolte dans une posture réflexive qui finirait par paralyser l’action : elle est au contraire un outil indispensable au dialogue constructif dans l’action collective.
La nuance pousse à s’interroger sur soi, sur la pensée elle-même. Julien Lecomte lance un appel humble et intelligent au débat pour vraiment changer les choses.
Cette conférence était organisée avec le soutien de la Maison de la laïcité de Huy et environs.
03/12/25
Notre conférence de 3/12/25 d’Anne Morelli, professeure honoraire de l’ULB et autrice de Principes élémentaires de propagande de guerre (Éditions Aden, 2023), a réuni un public particulièrement nombreux, signe de l’intérêt profond suscité par la question de la propagande en temps de conflit. Avec sa rigueur d’historienne, son sens pédagogique et une pointe d’humour distancié, Anne Morelli a offert une prestation à la fois vivante, incisive et accessible, laissant une impression forte sur l’auditoire.
Au fil de son intervention, elle a présenté les dix principes élémentaires de la propagande de guerre qu’elle a identifiés et illustrés à partir de nombreux exemples historiques et contemporains :« Nous ne voulons pas la guerre », « Le camp adverse est le seul responsable », « L’ennemi a le visage du diable », « Nous défendons une cause noble », « L’ennemi commet des atrocités délibérées », « L’ennemi utilise des armes illégales » « Nos pertes sont minimes, les siennes énormes », « Les artistes et intellectuels sont de notre côté », « Notre cause est sacrée », « Ceux qui doutent sont des traîtres ».
Avec une remarquable capacité à rendre simples des mécanismes complexes, Anne Morelli a démontré à quel point ces principes traversent les époques, les régimes politiques et les zones de conflit. Elle a insisté sur l’importance de développer une lecture critique du discours médiatique, rappelant que la propagande ne repose pas uniquement sur le mensonge, mais souvent sur la sélection orientée des faits, l’émotion et la répétition.
La richesse des échanges avec le public — nombreux et engagé — a confirmé l’actualité et la pertinence de cette grille d’analyse. La conférencière a conclu en soulignant que comprendre ces mécanismes ne signifie pas nier la réalité des conflits, mais refuse de se laisser enfermer dans un récit univoque.
"Le Prisme, envie de savoirs" remercie une nouvelle fois madame Anne Morelli pour sa conférence, la CGSP de Huy pour la mise à disposition de son local, et la Maison de la Laïcité de Huy et environs pour sa collaboration efficace et amicale.
Le terme « woke », originaire de l’African American English, signifiait initialement le fait de rester « éveillé » face aux discriminations structurelles. Cependant, il a été détourné pour devenir un « mot fourre-tout » utilisé par les courants conservateurs pour critiquer le progressisme politique, agglomérant sous une même étiquette tout ce qui leur semble problématique dans les institutions, les entreprises ou sur les réseaux sociaux. Cette évolution s'inscrit dans ce que Nathalie Grandjean, s'appuyant sur les travaux d'Alex Mahoudeau, définit comme une panique morale. Ce phénomène se caractérise par une inquiétude collective disproportionnée et l'identification de « boucs émissaires » perçus comme une menace pour les valeurs fondamentales de la société.
Cette panique morale repose sur une rhétorique de la post-vérité où les faits sont sélectionnés et montés en épingle pour alimenter une ambiance de diabolisation. Des figures politiques comme Donald Trump ou Bart De Wever présentent ainsi le « wokisme » comme un nouveau totalitarisme ou une « tyrannie du camp du bien » qui fragmenterait la société en groupes hostiles, menaçant l'universalisme des Lumières et la science elle-même. Pourtant, Nathalie Grandjean souligne un paradoxe : si le wokisme n'existe pas en tant que mouvement structuré avec un projet commun, il existe bel et bien en tant qu'objet épistémico-politique servant à cristalliser des controverses médiatiques et à nommer des désaccords.
L'offensive anti-woke se traduit souvent par une négation de la pertinence des travaux en sciences humaines et sociales, notamment les études de genre ou décoloniales, au nom de la défense des valeurs démocratiques. Nathalie Grandjean analyse cette opposition comme une « logique de faussaire » ou une forme de révisionnisme qui refuse d'examiner les biais de race, de genre ou de classe pour rendre la science plus objective. Enfin, le débat sur la « cancel culture » est réinterprété non pas comme un effacement, mais comme une demande de cohérence morale et de responsabilité de la part des institutions et des personnalités publiques. Cela soulève des questions éthiques essentielles sur la hiérarchie des figures que nous célébrons dans l'espace public et sur la nécessité de réévaluer l'interprétation historique des héros du passé.
"Le Prisme, envie de savoirs" remercie une nouvelle fois madame Nathalie Grandjean pour sa conférence, la Maison de quartier de Ben-Ahin pour la mise à disposition de son local, et la Maison de la Laïcité de Huy et environs pour sa collaboration efficace et amicale.